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SALVARE - CATTURARE
LA POBBIA UN PATRIMONIO IN VIAGGIO





 

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Sauver-Capturer
Nicola Savary Tilo Steireif Sauver-Capturer


Sauver-enjoliver

Annette Donnier-Troehler


La cucina dei resti
Graziella Corti

Biografie degli autori


 

   
       
Rôle et position des photographes

Issus d’une formation artistique, nous situons notre démarche dans celle de l’art.
Aujourd’hui, les frontières entre les disciplines sont moins franches. Notre position est à la fois celle d’un journaliste, d’un documentariste et d’un " poète ".
Dans ce travail sur le Ballenberg, nous nous sommes intéressés à cette maison en tant qu’objet culturel et social.
Nous avons placé la photographie à l’intérieur d’une opération de transformation d’un objet quotidien en une pièce de musée, avec tous les enjeux culturels, sociaux, politiques ou financier que cela implique.
Nous avons misé sur une approche artistique afin d’éclairer une opération culturelle et sa réception en tant que phénomène de société.

 

   

UN PATRIMOINE EN VOYAGE

Une investigation photographique
Au début du mois d’octobre, on a inauguré, au Musée du Ballenberg, le plus volumineux objet architectural jamais transporté en Suisse.
Une métairie datant du 14e siècle, a été démolie au Tessin et reconstruite dans le Musée du Ballenberg, de l’autre côté des Alpes.
Nicolas Savary et Tilo Steireif, deux artistes et photographes lausannois, ont posé un regard critique sur cette opération culturelle et génératrice de mythes identitaires
Ils vont montrer leur investigation, sous la forme de photographies et d’une projection vidéo, au Centre Culturel Suisse de Milan, du 29 octobre au 29. novembre 2003, ainsi qu’à la Galerie Cons Arc, à Chiasso, du 02. novembre au 20. décembre.
À cette occasion, un cycle de conférences réunissant des spécialistes (Graziella Corti, Annette Donnier, Luisa Bonesio, Antonio Di Rossi, Pietro Bellasi, Annibale Salsa, Luigi Zanzi) des questions identitaires liées aux grands mythes helvétiques que sont les Alpes, le Village, la Vie Paysanne, etc. sera présenté au CCS de Milan, le 29. octobre, le 13. et le 20. novembre, et à la Galerie Cons Arc de Chiasso, le 02. novembre.
Une publication a aussi été éditée à cette occasion.

 

   
Nicolas Savary et Tilo Steireif
Sauver - Capturer

La Pobbia fait partie de ces maisons qui "doivent être sauvées". Elle est le témoin architectural d'une Suisse aujourd'hui disparue et le témoin actuel d'une politique culturelle complexe où sont engagés Cantons, Confédération et fondations privées.
Nous avons suivi le déroulement des opérations qui s'échelonnent sur plus d'une année et nous défendons l'idée d'une approche critique par l'image photographique. Il ne s'agit pas de créer un beau portfolio de photographies mais bien de mettre en jeu les différents aspects sociaux et culturels qui touchent le transfert de La Pobbia.
L'opération "La Pobbia au Ballenberg" exprime la tradition helvétique du consensus en matière de vision culturelle et de politique des régions.
Ce consensus intellectuel s’incarne jusque dans la structure du bâtiment reconstruit. Lors de la déconstruction, une partie importante des matériaux devient poussière et doit donc être remplacée par les pierres du Ballenberg.
C’est alors que ce consensus devient Monument.
La ruine rurale engloutie par un paysage urbain anarchique est achevée ou effacée par les scientifiques qui opèrent à une méticuleuse déconstruction du site. En tant qu'édifice, elle passe d'une affectation utilitaire via la ruine à une affectation ent tant que symbole total.
Dans le Musée de l’habitat rural du Ballenberg, l’intervention scientifique se situe plus dans la destruction que dans la reconstitution.
De nombreux spécialistes (géologues, historiens, architectes) se penchent au chevet de la bâtisse mourante et l’achèvent par une dissection approximative, au son des bulldozers.
Par contre, la réanimation est laissée entre les mains habiles de constructeurs de chalets, dont les contingences relèvent du simple sens pratique.
Dans ce musée, c’est le maçon qui se trouve être le garant de l’exactitude scientifique, dernier maillon d’une petite fabrique de mythes identitaires et culturels.
Nicolas Savary et Tilo Steireif, Lausanne, 2003

 

   

Annette DONNIER-TROEHLER
Sauver — enjoliver
Le patrimoine comme "témoin du passé" ou
Du bon usage de l'aménagement de la mémoire

La sauvegarde du patrimoine, de quelque nature qu’il soit, est au centre des préoccupations de la société occidentale en général depuis le XIXe siècle, soit au moment où l’on passe d’une société dite traditionnelle à une société dite moderne (puis post-moderne, pour parler de notre société d'aujourd’hui…). L’essor des musées, la reconstruction de lieux sur le modèle du passé, l’invention de fêtes à thème historique et bien d’autres efforts entrepris dans la sauvegarde d’une mémoire des lieux et du temps participent à ce phénomène.
L’accumulation de trésors (butins de guerre dès l'Antiquité, reliques de l’Eglise médiévale, collections d’objets dans les cabinets de curiosités de la Renaissance), qui est en somme le fondement de l’institution muséale, aura permis à la société occidentale d’instituer un discours sur le passé tout en s’en distanciant.
Or, avec l’accélération du temps dès la Révolution industrielle, le passé a fait paradoxalement irruption dans le présent: si pendant des siècles seuls les objets "racontant l’extraordinaire" ont été mis à l’abri du temps, avec la modernité "l’ordinaire et le commun" sont devenus à leur tour des restes d’un temps révolu. Aujourd’hui, le banal se mue en exotique (étymologiquement étranger) en l’espace de moins d’une génération; d’où la multiplication des musées sur le thème du "quotidien", devenu enjeu de conservation et de collection.
La caractéristique de la société post-moderne réside précisément dans le rapport problématique qu’elle entretient avec la modernité (en tant que première rupture avec la société traditionnelle de la longue durée, du temps cyclique). Le progrès aura permis de mesurer ce qui a été perdu du passé; ce dernier redevient paradoxalement "actualité" car investi d’un intérêt nouveau. C’est pourquoi le discours sur le passé — et avec lui toute tentative de conservation et de sauvegarde de ses vestiges — occupe le devant non seulement des préoccupations culturelles locales, mais encore est-il devenu un enjeu de discussion au niveau mondial (UNESCO: Charte de Venise en 1964 sur le Patrimoine; Charte Européenne sur le Patrimoine Architectural en 1975 etc.). À l’heure actuelle, tout objet, tout bâtiment, tout village voire paysage est un "reste" potentiel de notre histoire. Il suffit que l’on puisse se le représenter dans un futur plus ou moins lointain en tant que possible patrimoine pour que le processus de sauvegarde se mette en route:
Conserver, mettre en réserve, c'est mettre quelque chose à l’écart pour tenter de le soustraire aux effets réels et symboliques du temps. Cela s'applique à des objets apparus dans un passé plus ou moins lointain, mais aussi à des choses destinées à apparaître comme "objets conservés" dans le futur, donc à traiter dès maintenant comme des objets venus du passé. (Marc Guillaume, "Invention et stratégies du patrimoine").
Or, le discours sur ces "restes à sauvegarder" est ambigu. Alors que le souci de garder une trace matérielle du passé est certes à l'origine du phénomène des musées, dans la pratique d'aujourd’hui, on observe que le but principal est de garder ce passé vivant et en relation avec le présent. Les institutions comme le Musée du Ballenberg1 sont des exemples-types de cette philosophie. Elles sont issues de la définition de l’écomusée imaginée dans les années 1970-1980 par Georges-Henri Rivière, alors directeur du Musée des Arts et Traditions Populaires au Trocadéro à Paris2. Ces institutions pratiquent non seulement la conservation d’une mémoire mais surtout l’immersion du public dans un exotisme (temps ou espace). Le passé est théâtralisé afin que le visiteur l’apprivoise par le vécu et en s’en imprégnant, comme si la distance avec ce monde a priori étranger pouvait ainsi s’effacer.

Au Ballenberg, la Suisse est toujours celle d’antan
Près d'une centaine de bâtisses séculaires, provenant de tous les coins de la Suisse, des jardins et des champs à l'ancienne, de l'artisanat traditionnel, une foule de manifestations spéciales et 250 animaux de ferme indigènes font du Ballenberg le grand théâtre du passé. Et le Ballenberg est absolument unique!

Chez nous, les portes sont grandes ouvertes
Entrez et baladez-vous, au gré de votre humeur, dans les cuisines, les chambres ou les salles de séjour de nos maisons et de nos fermes du 16e au 19e siècle, transplantées au Ballenberg et reconstruites à l’identique. Sur les 660 000 m2 composant le musée rural sont représentées les formes d’architecture et d’habitat typiques de presque tous les cantons suisses.

Chez nous, les artisans travaillent sous vos yeux
Dans nos ateliers, installés tout comme autrefois, des artisans font, à l'aide d'outils authentiques, la démonstration de métiers aujourd’hui pratiquement disparus: de la sculpture sur bois et la vannerie, du filage et du tissage à la fabrication du fromage ou du pain, en passant par la dentelle au fuseau et les travaux de la forge. Vous pourrez les voir de très près et, si le cœur vous en dit, mettre vous-même la main à la pâte!

Chez nous, on se fait plein d'amis
Au Ballenberg, vous admirerez avec vos enfants toutes les espèces d’animaux de ferme de toutes les races suisses. Y compris ceux que l’on ne trouve plus ailleurs. Et vous pourrez même caresser certains d'entre eux ...

Chez nous, les grillades sont de la partie
Vous avez faim et soif? Qu’à cela ne tienne! Nos trois sympathiques auberges vous serviront avec plaisir l’une de nos savoureuses spécialités helvétiques. Et si vous préférez les délices du sac à dos, nos aires de pique-nique vous attendent, avec du bois de feu tout prêt.

Chez nous, le passé est bien vivant
Le Ballenberg n’a vraiment rien d’un musée poussiéreux. Bien au contraire, il déborde de vie et d’événements passionnants! Découvrez comment, pendant des siècles, le peuple suisse dans sa grande majorité a vécu, habité et travaillé. Des manifestations spéciales telles que le jour de la lessive, la kermesse d’automne ou la descente de l’alpage vous feront revivre des fêtes et des traditions rurales, parfois tombées en désuétude. Une aventure unique![…]3
Ballenberg n’est pourtant pas l’unique exemple de ce que l’on peut qualifier de "Disneyland rural"4. La Suisse peut se flatter d’avoir compté parmi les précurseurs dans cette forme de mise en scène d'une mémoire vivante. En effet, à l’occasion de la deuxième Exposition nationale, qui eut lieu de mai à octobre 1896 sur la plaine de Plainpalais à Genève, les organisateurs ont reconstruit en synthèse un village suisse, censé "préfigurer une sorte de musée suisse où seraient magnifiquement représentées les grandes œuvres de l’architecture rurale, les arts domestiques, la vie agricole, les costumes nationaux ainsi que la vie culturelle et musicale des campagnes"5. Il s’agissait de fabriquer un décor alpestre artificiel, avec cascade, pâturages et maisons rurales typiques de toute la Suisse. Ce village suisse était animé et habité en permanence par un troupeau d’une cinquantaine de bêtes de diverses races et une population villageoise en costume (armaillis, bergers, tisserands, sculpteurs, tourneurs, etc.).
"Clou" de l’Exposition nationale de Genève, le village suisse sera repris comme "lieu d’identité" de la Suisse à l’Exposition universelle de Paris en 1900, puis aux Expositions nationales suisses de 1914 à Berne et de 1939 à Zurich.
Il constituera le symbole de la terre natale qui rassemble les Suisses aux heures graves des menaces de guerre, avant d’être institué en lieu de mémoire permanent dans le site de Ballenberg dès la fin des années 1970.
Il faut croire que la théâtralisation du monde rural fait sens pour des générations de Suisses. La patrimonialisation d'un objet, bâtiment, site ou paysage sous-entend un réaménagement de ces restes afin qu’ils permettent un certain discours sur le passé6.
Il convient alors de s’interroger sur ce qu’un musée comme Ballenberg véhicule comme message.
Pour Bernard Crettaz, grand penseur et "décortiqueur" des hauts lieux de l'identité suisse que sont les Alpes et le village7, la mise en scène du monde rural répond au vieux rêve de l’humanité de bricoler8 avec des éléments disparates du passé un monde modèle en miniature. Ballenberg,"[…] réplique authentique de ce précieux patrimoine que nous tenons de nos ancêtres [où] plus de 70 fermes historiques issues de tous les horizons de Suisse sont venues s’épanouir sous les yeux des générations futures […]"9, n’est autre qu’un aménagement artificiel d’un monde villageois à partir de restes rassemblés et réorganisés; bref, une sorte de synthèse en grandeur nature de différents objets et signes considérés comme typiques de la ruralité et reconstruits au milieu de la campagne dans un souci de beauté esthétique.
Il s'agit là d’une variation du mythe classique de l’harmonie du cosmos, dans le sens où cette communauté rurale réorganisée re-présente à l’échelle microcosmique l’équilibre fondamental entre la Nature et l’Homme. Le monde rural est dans le "vrai" par rapport à la ville qui s’est éloignée de cette harmonie primitive. Dans cette perspective, le monde rural est doté d’une portée métaphysique: il est le théâtre d’un rapport de perfection entre l’homme et la nature. La "ruralité" que consomme notre société post-moderne fait figure de mythe, elle est d’autant plus harmonieuse et parfaite que le monde contemporain apparaît comme laid. L'autrefois — même douloureux — est apprivoisé; la mémoire est reconstruite et enjolivée. Le passé devient œuvre d'art et œuvre de musée10. Par la reconstruction de ruines dans un splendide environnement comme Ballenberg, où de petits chemins proprets mènent le visiteur à travers les bâtisses de notre patrimoine rural suisse — la plupart du temps, bordées de jardins et de verdure dignes de faire concurrence au plus beau jardin imaginaire le passé est métamorphosé en un lieu en dehors du temps et de l'espace.
On n’y trouve pas les traces des vies difficiles d’antan; ni misère, ni ruines ni déchets enlaidissant le paysage. La mémoire a été épurée voire distillée, et seul s'en échappe le parfum de l’Arcadie11, du Jardin d'Eden, du Paradis perdu.
Toutes les pierres de ces maisons paysannes scientifiquement démontées puis remontées à Ballenberg nous révèlent en tout premier lieu la façon de penser le passé. La patrimonialisation des ruines et déchets reflète la quête frénétique, par notre société contemporaine, d’une recherche de sens du présent dans le passé: l’histoire est revisitée pour faire office de lieu de mémoire, aménagée pour une société qui théâtralise ses origines…
La "mise en miroir" des objets, des lieux, des territoires qui sont appelés à être conservés, protégés pour les temps futurs, suppose une esthétique réfléchie. Celle-ci n’a rien d’immédiat, de spontané, elle est une pure construction qui demeure capable de simuler sa propre naturalité. Au rythme d’une patrimonialisation générale, l'esthétique n’est pas un "plus", elle est une finalité essentielle puisqu’elle permet de voir et de se représenter tout ce qui nous entoure, tout ce dans quoi on vit comme la configuration d’un paysage. […] Le principe de réflexivité atteint alors son plus haut degré de réalisation en tirant de l’esthétique générale, comme effet de sa mise en œuvre, la possibilité de restituer la naturalité de ce qu’il a détruit. Le naturel, le primitif, le sauvage, l’originaire, toutes ces catégories qui désignent l'en deçà de la réflexivité réapparaissent comme des signes d'une authenticité retrouvée12.
Dès lors, le patrimoine n’est plus "témoin du passé" comme la science historique l'entend, mais un lieu de mise en scène des grands mythes de l’humanité. Lieu d'identité nationale ou lieu de mémoire tout court, Ballenberg est un monde replié sur lui-même, avec une mesure du temps qui lui est propre, mettant en scène une interprétation du passé où le "joli" et le "ludique" l’emportent sur le tragique. Il est le lieu de rendez-vous avec la mémoire aménagée.
Et, coïncidence s’il en est, pour qui veut sortir de notre Suisse bricolée pour plonger dans les mythes et mystères de tout l'Univers, un nouveau haut lieu de la mémoire, le Mystery Park, parc du "[…] souvenir pour notre avenir"13, offre désormais au pèlerin la possibilité de continuer sa quête au pied du Ballenberg.
Annette Donnier-Troehler, Lausanne, 2003.

Notes
1. Musée suisse de l’habitat rural, Ballenberg, Brienz (Oberland bernois), fondé en 1978.
2. Voir à ce propos le texte fondateur de Georges-Henri Rivière en 1973:
"Essai de définition: Un écomusée, c'est essentiellement, en l’état actuel de la notion, un musée de l’homme et de la nature, un musée écologique, ressortissant à un terrain donné, sur lequel vit une population, à la conception et à l’évolution permanente duquel cette population participe, laboratoire permanent de terrain, instrument d’information et de prise de conscience, pour cette population".
In: Vagues. Une anthologie de la nouvelle muséologie. Textes choisis et présentés par André Desvallées, 1992, p. 440 et suivantes. Pour l’histoire des écomusées, voir Jean Clair, "Les origines de la notion d'écomusée" (1976), idem, pp. 433 à 439.
3. Portrait du Musée suisse de l'habitat rural, Ballenberg:
www.ballenberg.ch.
4. En référence à la pensée de Bernard Crettaz, sociologue, ancien conservateur du Département Europe au Musée d'ethnographie de Genève, et Jacques Hainard, conservateur du Musée d'ethnographie de Neuchâtel…
5. Bernard Crettaz et Christine Détraz (eds.), Suisse, mon beau village. Regards sur l'Exposition nationale de 1896, 1983, p. 9.
6.Une problématique complémentaire, qui ne sera pas développée ici, est celle de la "ruralité suisse" envisagée sous l'angle des "lieux d'identité nationale". Il faut rappeler en effet que l'équation "Suisse = pays de pâtres et de bergers" vaquant à leurs occupations dans un pittoresque paysage alpin, sorte de "Bon sauvage helvétique", a marqué non seulement l'histoire suisse mais aussi toute une partie de la littérature et production artistique en Europe au XVIIIe siècle. A ce propos, voir l'étude d'André Reszler, Mythes et identité de la Suisse, 1986, pp. 48 à 54.
7. Bernard Crettaz, La Beauté du reste. Confession d’un conservateur de musée sur la perfection et l’enfermement de la Suisse et des Alpes, 1993.
8. Le concept du "bricolage" en anthropologie trouve sa source dans les travaux de Claude Lévi-Strauss, La pensée sauvage, 1962, pp. 26 à 33.
9. Présentation du Musée de Ballenberg dans une brochure consacrée aux lieux de bien-être (!) en Suisse par la caisse d'assurance maladie du Groupe Mutuel.
10. Dès son origine, la politique de sauvegarde du patrimoine s'est construite sur l'idée de "conserver pour faire face à l'enlaidissement progressif du paysage". Voir à ce propos l'exemple-type de la Ligue pour la conservation de la Suisse pittoresque (Heimatschutz en allemand), fondée en 1905 à Berne.
11. Arcadie: "Refuge des Pélasges, puis des Achéens qui résistèrent aux Doriens, cette montagne peuplée de pasteurs maintint longtemps les traditions patriarcales […] Dans la poésie bucolique grecque et latine, l'Arcadie est représentée comme le pays du bonheur calme et serein […]" (Le Petit Robert des noms propres, édition 1997). Voir aussi l'analyse des éléments constituants du mythe de l'Arcadie (perfection du paysage, vie champêtre, idylle pastorale) par Françoise Duvignaud, Terre mythique, terre fantasmée. L'Arcadie, 1994.
12. Henri-Pierre Jeudy, La machinerie patrimoniale, 2001, p. 123.
13. <www.mysterypark.ch>, intitulé de la page de présentation de ce parc d’attraction ouvert à la fin du printemps 2003 par Erich von Däniken non loin du Musée de Ballenberg sur le thème de l'énigmatique, du mystérieux, du mystique…

 

 

   

Graziella Corti
La "cucina" dei resti:
a proposito della Pobbia di Novazzano, un patrimonio in viaggio

Soggiornando in Senegal mi è capitato a più riprese di osservare, sia in alcuni villaggi della Casamance, sia nel capoluogo cittadino della regione, costruzioni semi distrutte: strutture più o meno antiche, che in precedenza avevano avuto una funzione precisa e che in quel momento erano piuttosto delle rovine in disfacimento.
Ricordo ad esempio un'ampio edificio del villaggio di Koubanao finanziato dall'Unesco attorno agli anni '80, utilizzato per un certo periodo per le riunioni degli anziani, alle quali avevo avuto occasione di assistere. Anni dopo, di quella bella costruzione dal massiccio tetto di legno non restavano altro che poche tracce. Piogge intense, clima tropicale umido, animali che vi entravano, usura del tempo... tutto era stato lasciato crollare a poco a poco, nessuna manutenzione: forse mancavano i mezzi, eppure il villaggio abbondava di bravi artigiani e muratori capaci. Le riunioni, semplicemente si erano spostate altrove, o venivano convocate nel luogo di prima.
Un grande serbatoio che doveva servire a captare l'acqua per l'intera popolazione (costruzione finanziata dal Giappone), che si innalzava sopra le case dello stesso villaggio, unico punto da cui si sarebbe potuto vedere l'insediamento dall'alto, era inaccessibile: la chiave si era rotta nella toppa mesi prima. Nessuno l'aveva rimossa, anche se un gruppo di giovani del villaggio era stato preposto alla guardia della costruzione, che, inutilizzata, mostrava già segni di trascuratezza.
Un bellissimo edificio, adibito a maternità, costruito da una ONG ticinese con la collaborazione dell'intero villaggio, veniva ancora in parte utilizzato dal personale sanitario locale, ma i mobili all'interno e la costruzione stessa erano in degrado: possibile che nessuna persona del villaggio, tutti indaffarati nei lavori alla risaia, al pozzo (le donne), nelle botteghe, nei campi, nelle case e nelle relazioni sociali, pensasse di mettere qualche ora di lavoro per la manutenzione di questi edifici che stavano lentamente ma inesorabilmente deteriorandosi?
Eppure tutte le persone interpellate, anche i bambini, sapevano raccontare di quella o quell'altra struttura, narrare qualche evento o qualche aneddoto. La protezione delle costruzioni era inesistente, mentre continuavano a circolare storie e miti attorno ad esse. La loro presenza come edifici in rovina, ma anche la loro assenza, come edifici utilizzati o che stavano polverizzandosi, servivano ad intrattenere la memoria — tramandata oralmente — attorno ad esse.
Lo spettacolo di queste rovine mi poneva diversi interrogativi: tutte quante avevano una relazione con i paesi "occidentali" che le avevano finanziate, progettate, costruite o fotografate.
Alle nostre latitudini probabilmente ci sarebbero stati ponteggi, restauri, progetti di riutilizzo; in Africa no. Le strutture, piano piano venivano a confondersi con gli elementi naturali del paesaggio: vi crescevano erbe e piante all'interno e sopra i muri, vi trovavano rifugio e ombra gli animali.
La masseria della Pobbia, a Novazzano rischiava la stessa sorte: da anni, dopo aver subito numerose trasformazioni a seconda delle destinazioni che il corso della storia le aveva assegnato, giaceva inutilizzata, in uno stato di abbandono, attorniata dalle impronte della società globale, che, anche in quel luogo aveva inscritto i segni delle nuove attività economiche.
In seguito è stata smontata e trasferita al Museo Ballenberg, suscitando dibattiti e innescando polemiche sul senso del recupero, della ricostruzione e del suo nuovo statuto come masseria fuori dal circuito economico.
In questi casi ci si interroga sul da farsi: lasciare che il degrado agisca fino alla distruzione totale? Investire denaro per conservare sul posto? Trasferire in altro luogo oggetti di un patrimonio comune? Molte sono state le riflessioni; osservando il problema da un punto di vista antropologico può arricchire il confronto.
Nelle società dei consumi, piuttosto che in quelle della sussistenza, quanto scompare o si trasforma diviene talvolta patrimonio e oggetto di cura: le rovine vanno inventariate, classificate, restaurate e sottoposte a protezione speciale; divengono oggetti rari e perciò preziosi.
I musei, da tempo, sono stati incaricati di raccogliere e conservare quanto risulta appartenere al patrimonio dell'umanità. Particolare attenzione si pone nel trasmettere tale patrimonio quando le società che l'hanno creato sono in via di sparizione: la Pobbia è considerata un edificio a testimonianza delle attività e del pensiero del mondo contadino.
Oggi si fanno investimenti in quartieri e terreni, si demolisce per costruire il nuovo, nel contempo si cerca di lasciare delle tracce, affidando ai musei il compito di conservare segni del passato. L'oggetto per lungo tempo utilizzato, divenuto simbolo delle attività presso un determinato gruppo sociale, nel museo diviene ricercato. In tale modo ci si illude, per mezzo delle operazioni di restauro, di fabbricare "l'autentico". Con i resti che la modernità produce, resti selezionati e riaggiustati, si imbastisce il discorso sulla tradizione.
Collezionare, proteggere, come affermato spesso, assume un senso specifico di lotta contro la morte, è un modo di affrontare la perdita per qualcosa che non c'è più: se una fabbrica chiude, se ne fa un museo che mostra che cosa lì si produceva, spesso si vendono, sottoforma di souvenirs in miniatura, alcuni dei prodotti fabbricati in quel luogo.
Alla ricerca delle tracce della società contadina, si imbastiscono discorsi — come dice B. Crettaz (1993) — sulla civiltà come prodotto della terra che le ospita, invece di vedere come queste società si siano appropriate della terra per dare un senso alla propria vita.
Nelle nostre rappresentazioni — dimenticando la durezza dei conflitti fra classi sociali o fra sessi — spesso i contadini di ieri divengono gli ecologisti di oggi, artigiani gioiosi o eroi che vivevano nel rispetto e in armonia con l'ambiente, coltivando valori importanti invocati oggi nei momenti di disordine e di smarrimento.
Mantenere i resti del passato rientra nella ricerca delle nostre origini e della nostra storia, in un percorso rituale di lutto.
Siamo in qualche modo consapevoli che il senso dell'operazione non risiede negli oggetti stessi: essi non ci parlano da soli, ma sono parte di un discorso più ampio proposto da chi decide cosa e come salvaguardare, cosa e come esporre al pubblico. Attraverso i testi che accompagnano le mostre, la relazione tra i vari oggetti esposti, il modo di presentarli in vetrina, si svela il ruolo che la società decide di assegnare loro.
Liberandosi dal loro significato d'origine e perdendo la funzione che avevano in precedenza, gli oggetti assumono nuovi significati, divengono portatori di senso — come dice Crettaz — di un passato manipolato in vista di un presente produttivo.
Nel racconto degli abitanti del villaggio africano citato, alcuni particolari d'uso di una costruzione vengono omessi, altri sottolineati, altri ricostruiti o inventati; allo stesso modo, gli oggetti collezionati, sottratti all'usura del tempo con mille espedienti, sono in un certo senso sempre manipolati secondo ciò che ci pare importante in un preciso momento storico o in una particolare scena politica. Lo stesso oggetto può servire per mostrarne alcuni aspetti, tacerne altri più scomodi, evidenziando certi argomenti o gli argomenti opposti.
Il museo che li accoglie diviene un luogo di culto, dove ci si comporta secondo certe regole e rituali stabiliti.
Per molto tempo, in passato, le vestigia dell'antichità — ad eccezione, delle reliquie — erano considerate rovine senza valore, proprio perché avevano perso la loro veste funzionale e perciò erano lasciate morire. Ma il rapporto con la morte da noi è oggi profondamente cambiato: la nascondiamo alla vista, non vogliamo osservarla da vicino, nemmeno negli oggetti che, come le persone, quando vengono al mondo portano già in sé la loro fine.
In "occidente" conservare rassicura, ci fa sentire a posto con la coscienza rispetto al nostro passato; mentre le rovine, quando non sono accompagnate da un discorso e da motivazioni precisi, ci confondono, ci inquietano, dandoci la sensazione di disordine, di non ritorno e di incertezza futura. Così la politica della conservazione tende ad essere considerata naturale compensazione della perdita subita. È necessario sistemare queste rovine, fornirle di uno statuto, inserirle in un luogo pensato a questo scopo. Fuori da quel luogo ci danno fastidio: diventano segno dell'incuria, della miseria, della maleducazione. Divengono l'evidenza della fragilità e della provvisorietà delle persone e delle cose.
Secondo la strategia di potere in un determinato momento, tutto può divenire patrimonio da conservare e da valorizzare.
La Pobbia viene pensata come rappresentazione di un contesto sociale e di un modo di vivere — quello di una società rurale — che ormai non esiste più e della quale forse non abbiamo ancora elaborato il lutto.
L'attuale società dei consumi distrugge per poi conservare oppure conserva per essere in grado di distruggere. Cerca di compensare la perdita con la messa in valore di un certo patrimonio del passato: forse fatica ad assumersi fino in fondo la responsabilità della distruzione, perciò conserva alcune tracce. Non ritiene, a volte, di dover riflettere sulle cause della distruzione, ma cerca di ricordare il passato, attraverso dei simulacri dello stesso, collocati in luoghi protetti, visibili, frequentati.
In questi luoghi cerchiamo di caricare gli oggetti di significati che sfuggono ad un'osservazione più esteriore — significati invisibili e sovente condivisi dai visitatori — suscitando a volte nostalgia per un passato o uno stile di vita, come quello del mondo contadino, che magari non è mai stato vissuto personalmente.
In questo modo i "resti o gli scarti" si trasformano in oggetti preziosi, perché nelle nostre rappresentazioni sono i testimoni del funzionamento di una società, sono in grado di risuscitare memorie collettive, soprattutto laddove scompaiono segni identitari.
La storia oggi subisce un'accelerazione crescente: ciò che succede è presto relegato alla morte da nuovi incalzanti avvenimenti a livello mondiale. La memoria, attraverso la concretezza dei gesti nella vita sociale, attraverso i ricordi, le tracce e i sentimenti, cerca allora luoghi dove "cucinare" i resti: questi luoghi sono i musei. Ma il ricordo — come dice Ricoeur — esiste a partire dall'assenza, è l'immagine di ciò che non esiste più, se non nelle tracce che ha lasciato dietro di sé.
La memoria è anzitutto un fatto personale: appartiene alla persona che ricorda, ma piano piano, attribuendo le proprietà dei nostri ricordi ad altre persone che sembrano averne di simili, costruiamo la memoria collettiva, affermando che in passato "si" faceva...
La velocità con cui le mode inscrivono nel presente i cambiamenti, ci obbliga a scartare gli oggetti a ritmi accelerati, producendo molti rifiuti. I prodotti hanno vita breve, devono corrispondere ad una precisa estetica del momento e tutto diviene in fretta superato, obsoleto, invendibile, quasi effimero come le immagini televisive.
Il modo di consumare crea il modo di pensare il tempo, ed è probabile che "la storia futura non produrrà più tante rovine perché non ne avrà il tempo" (Augé 2003: 133).
Le rovine — come dice Augé — costituiscono la quintessenza del paesaggio, infatti sono inscindibili dall'ambiente in cui si trovano e offrono lo spettacolo del tempo a diverse epoche storiche e del tempo della riproduzione vegetale che si insinua tra queste rovine. Lo sguardo cattura questo "armonioso disordine", che ci mette in contatto con i nostri ricordi e le nostre esperienze. Certo è che la nostra memoria, è permeata dalla selezione, dalle dimenticanze, dalle influenze di ciascun narratore sugli altri.
Le rovine sono l'immagine del tempo che sfugge alla storia, un misto di elementi umani e naturali che si perde nel passato ed è visibile oggi. Fanno percepire il tempo senza riassumere veramente quella storia che i restauri cercano di far resuscitare. E'un tempo allo stato puro, non ben databile.
La scoperta delle rovine, la scelta di valorizzare una parte o un'altra, la loro conservazione in un luogo predisposto a tale scopo, non sono un atto spontaneo come quello del ricordare, ma danno l'illusione del ricordo, suscitando l'immaginazione. Le rovine restaurate sono l'immagine di realtà lontane o scomparse, oggetto mediatico e dei rituali dello spettacolo. I visitatori vanno a vederle come pellegrini davanti a delle reliquie. Il passato diviene valore—rifugio da contrapporre alla violenza dei cambiamenti e delle distruzioni dell'epoca della globalizzazione economica e tecnologica.
Gli esseri umani, si sa, non possono vivere isolati, ma, pur subendo a volte questa costrizione, hanno bisogno di legami con gli altri e con gli antenati. Abbiamo bisogno di ricordare, di raccontarci il passato, di chiederci continuamente da dove veniamo.
Abbiamo però altrettanto bisogno di riflettere sulle operazioni che mettiamo in atto per rispondere a queste richieste, di interrogarci sulle modalità dell'oblio, sulle peculiarità delle ricostruzioni e sulle nostre strategie di conservazione, con uno sguardo nuovo sugli oggetti antichi, parte del nostro patrimonio culturale.
La ricerca fotografica di Savary e Steireif si inserisce in questa riflessione, rendendo più visibile la frontiera tra la realtà e il passato ricostruito, tra il ricordo mitizzato delle origini e le scelte nelle operazioni di recupero. Ci fa riflettere, attraverso le immagini proposte, sul fatto che le rovine e il paesaggio esistono attraverso lo sguardo di chi li scopre nonché attraverso il racconto dell'osservatore che li descrive a qualcun altro.
Gli interventi filmati e fotografici, sono pensati come un diario di viaggio nel percorso di trasferimento e ricostruzione della Pobbia. In questo racconto sono volutamente inscritte anche le tracce del presente, che di frequente, per meglio mostrare quelle del passato, si cerca di mimetizzare.
In questo modo si intravede che i resti, per essere mostrati, devono passare attraverso uno spazio di purificazione e una trasformazione intermedia che li ricompone, vi aggiunge nuovi ingredienti, li rende, usando una metafora culinaria, "commestibili" prima di "metterli in tavola".

Graziella Corti, Pura, settembre '03

 

   


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